Je discutais récemment avec un chef de projet stratégique d’un grand groupe du CAC 40 présent sur le marché des services aux entreprises. Mon interlocuteur m’informe que « la créativité et l’innovation sont désormais les priorités absolues de la Direction Générale ».
Naturellement, je m’en réjouis. Je m’enthousiasme, par avance, des discussions qui vont suivre. Je lui demande davantage d’informations. J’essaie d’identifier et de mieux comprendre les engagements que va prendre la Direction Générale pour parvenir, effectivement, à développer la créativité et l’innovation dans l’entreprise.
Et là, mon interlocuteur me répond : « formation ».
On pourrait se dire : « oui, c’est vrai la formation va permettre de développer la créativité chez les collaborateurs. La formation va créer les conditions d’un développement de la créativité au sein de l’entreprise ».
Eh bien, non !
Non, parce que la formation, si elle me paraît nécessaire dans la création d’une culture d’entreprise tournée vers la créativité – notamment parce qu’elle forme effectivement les collaborateurs à une démarche créative –, ne peut en aucun cas se substituer à un travail plus global sur la place, l’enjeu, le rôle et les méthodes de créativité au sein de l’entreprise.
Pour le dire différemment, la formation comporte l’avantage d’expliquer les mécanismes de la créativité, lorsque celle-ci est de qualité, tout du moins. Mais, elle est trop limitée pour transformer l’entreprise. En réalité, si l’on veut intégrer la créativité dans l’ADN de l’entreprise, si l’on souhaite faire de la créativité un actif immatériel de l’entreprise, il faut élaborer un système global de créativité, qui pour être durable et transformer l'entreprise en profondeur, doit être participatif. Chacun doit pouvoir voir ses idées reconnues par l'entreprise, si celles-ci sont jugées pertinentes. La créativité, doit être l'affaire de tous, et non l'affaire de quelques "planificateurs" et de "top managers" comme le veut Taylor.
Alors, je veux tout de suite prévenir l'objection : "à quoi sert-il d'avoir un système de créativité? Est-ce vraiment nécessaire de formaliser les choses à ce point? Est-ce que ce n'est pas encore une usine à gaz?"
Eh bien, non, ce n'est pas une usine à gaz ! Et oui ! Encore oui, c'est nécessaire de se doter d'un système de créativité si l'on veut faire les choses sérieusement.
Oui, parce que, c'est une banalité que de dire que tout ce qui est pris au sérieux en entreprise fait l'objet de process. Les process permettent d'industrialiser des façons de faire qui, sans cela, devraient être ré-inventées à chaque fois. On voit bien que les process de notes de frais permettent d'uniformiser les pratiques à travers toute l'entreprise. Et nous savons que ses process sont validés au plus haut niveau; de la même manière, l'analyse des besoins cliens est très souvent industrialisées sous forme de process, notamment dans les industries B2C.
Par conséquent, je pose une question simple: pourquoi les idées de l'entreprise ne sont-elles pas, elles aussi, l'objet de process? Serait-ce parce que, au fond, les entreprises ne prennent pas leurs idées au sérieux?
Par conséquent, je pose une question simple: pourquoi les idées de l'entreprise ne sont-elles pas, elles aussi, l'objet de process? Serait-ce parce que, au fond, les entreprises ne prennent pas leurs idées au sérieux?
Il est clair que l'élaboration d'un process de créativité permettrait d'industrialiser la créativité dans l'entreprise et de l'intégrer durablement dans les gênes de l'entreprises. Et pour moi un tel système de créativité doit s’appuyer sur plusieurs éléments :
- La sensibilisation sur les enjeux de la créativité
- La mise en place un process de recueil d’idées, d’analyse des idées, et de mise en œuvre des idées
- L’alignement de l’ensemble de l’entreprise autour de la créativité: cela implique d'intégrer la créativité et la mesure de celle-ci dans les fiches de poste, dans l'évaluation annuelle, par exemple
Bonjour,
RépondreSupprimerle fait même d'associer la créativité à un processus, quel qu'il soit, ne risque-t-il pas de juguler, contrôler, enchasser cette créativité, et de la subordonner aux "master" principes du (des) processus ?
a moins que le processus dont tu parles soit justement d'insérer automatiquement la créativité dans tout processus autre de l'entreprise..
Bonjour,
RépondreSupprimerMerci beaucoup pour ton commentaire.
Oui, je partage tout à fait l'idée qu'un surcroît de règles peuvent nuire à la créativité. Il y a un élément subversif dans la créativité qui l'amène à transgresser certaines coutumes, habitudes et conventions.
Donc, il ne s'agit pas d'ajouter des règles aux règles.
Mon idée, c'est de mettre en place un système de veille des idées créatives pour que l'entreprise soit au moins capable de savoir quelles nouvelles idées ont été proposées pour qu'elle soit ensuite capables de savoir si ces idées valent la peine d'être testées ou non.
C'est cette fonction là que doit remplir un process de créativité. Et il ne faudrait surtout pas qu'il amène un contrôle de la créativité; cela serait antinomique.
A très bientôt !